02/11/2020 | Le Bureau Export Paris

Monde | La CISAC prévoit jusqu’à 35% de baisse des collectes en 2020

Les droits collectés à l’échelle mondiale pour les créateurs de tous les répertoires – musique, audiovisuel, arts visuels, spectacle vivant et littérature – pourraient chuter de 20 à 35% en 2020, soit une perte potentielle de revenus de l’ordre de 3,5 milliards d’euros dans le pire des scénarios, selon le Rapport sur les collectes mondiales publié par la CISAC (Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs).

Le Rapport, intitulé « COVID-19 : Crise, Résilience, Relance » indique qu’en 2019, les droits collectés ont atteint le chiffre record de 10,1 milliards d’euros, en hausse de 7,8% par rapport à 2018. Toutefois, la CISAC souligne que sous l’effet de la pandémie, tous les répertoires enregistreront de lourdes pertes en 2020, avec les droits d’exécution publique et les concerts live étant les secteurs les plus touchés.

 

Estimations chiffrées pour 2020

(source: CISAC)

« Aujourd’hui, l’incertitude face à l’avenir des créateurs est encore pire qu’elle ne l’était lorsque la pandémie est apparue pour la première fois. Des millions de créateurs sont en train de perdre leurs moyens de subsistance. Nous avons été le premier secteur impacté et nous seront le dernier à récupérer » déclare le président de la CISAC, Björn Ulvaeus (en photo), qui ajoute que face à cette situation exceptionnelle, les décideurs politiques doivent agir.

« Ce n’est pas la COVID-19 qui est à l’origine des déséquilibres de cette industrie, mais elle les a indubitablement aggravées et exacerbées. Il est donc temps pour les gouvernants de montrer qu’ils prennent les industries créatives au sérieux. Il est temps pour eux de se réveiller et d’agir » dit-il.

Pour Gadi Oron, le directeur général de la CISAC, « les perspectives des créateurs vont d’abord empirer avant de s’améliorer, car la baisse des collectes en 2020 se traduira par une baisse des répartitions en 2021. Dans cette crise, les sociétés membres de la CISAC ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour défendre les créateurs. La crise actuelle met ainsi en lumière la fragilité profonde du système de la gestion collective, mais aussi l’importance vitale de son travail pour les créateurs. »

Autres données marquantes du rapport :

  • Le répertoire musical est celui qui a généré le plus de collectes en 2019, avec 8,962 milliards d’euros, en hausse de 8,5% par rapport à 2018, devant l’audiovisuel, la littérature, le dramatique et les arts visuels. Les collectes dans le secteur de la musique ont connu une hausse de 24,7 % sur ces cinq dernières années. Les revenus provenant de la musique devraient diminuer entre 1,8 et 3,1 milliards d’euros en 2020, soit une baisse de 20 à 35%.

  • Plus de la moitié des collectes mondiales (54,4%, soit 5,49 milliards d’euros) ont été générées en Europe en 2019. La région Canada/États-Unis, en forte croissance, pèse désormais 24,3% à 2,4 milliards d’euros. L’Asie-Pacifique est la troisième région au monde, représentant 15,5% (1,56 milliards d’euros), tandis que dans la région Amérique latine et Caraïbes représente 4,9% (495 millions d’euros) et l’Afrique 0,8% (80 millions d’euros).
  • Plus spécifiquement, pour le répertoire musical, l’Europe représentait 50,4% des collectes mondiales (4,52 milliards d’euros) en 2019, suivie par la région Canada/États-Unis avec 24,3% des collectes (2,45 milliards d’euros), l’Asie-Pacifique avec 16,4% (1,47 milliards d’euros), l’Amérique latine et Caraïbes avec 5,0% (450 millions d’euros) et l’Afrique avec 0,8% (70 millions d’euros). Les dix principaux pays contributeurs sont les Etats-Unis, la France, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada, l’Australasie, les Pays-Bas et le Brésil.
  • Les revenus provenant des droits d’exécution publique sur la radio et TV on atteint 3,32 milliards d’euros, soit 37,1% du total, suivis par le direct (live & ambiance, avec 2,62 milliards d’euros ou 29,3% du total. Ce sont ces deux sources de revenus qui sont les plus touchées par la crise sanitaire.

  • Les revenus générés par la musique en ligne ont augmenté de 27,2 % en 2019 à 2,04 milliards d’euros et représentent 22,8% du total des droits musicaux collectés par les membres de la CISAC. La plus grande partie de ces droits est générée par des services de musique par abonnement. La CISAC note toutefois que le numérique a généré plus d’un tiers des revenus dans une vingtaine de pays en 2019. En Chine, cette part s’élève à 58 %, à 54% au Mexique, à 43,6% en Suède, à 41,8% en Corée du Sud, entre autres.
  • Avec 7,2% du total des droits musicaux (647 millions d’euros), les revenus liés aux supports physiques (CD et DVD) se sont stabilisés en 2019, grâce à un public de niche restreint mais fidèle.
  • Les droits issus des concerts, des salles de spectacles et des diffusion en espace public ont été les plus impactés par la pandémie et les prévisions laissent entrevoir une chute comprise entre 60 et 80% de ces segments en 2020. Les innovations en matière de licences, telles que dans le cadre du streaming live des œuvres, contribuent à soutenir les revenus générés par l’exploitation numérique des œuvres, mais elles sont loin de compenser les pertes liées aux autres sources de revenus.
  • Avec 220 millions d’euros, la copie privée reste une source de revenus « modeste mais importante, avec un beau potentiel de croissance », selon la CISAC. À l’heure actuelle, 74 pays seulement reconnaissent la copie privée dans leur législation. En 2019, seuls 31 d’entre eux ont généré des revenus pour ce type d’utilisation.

En conclusion, la CISAC note que l’impact de la pandémie « devrait durer jusqu’à une date avancée en 2021 et au-delà. Dans tous les répertoires, les collectes en 2021 resteront en dessous de celles de 2019 car les utilisateurs d’œuvres continueront de faire face à des difficultés de paiement et à des faillites.«