01/10/2018 | Le Bureau Export New York

Monde | Distribution directe des artistes sur Spotify : quels enjeux?

Spotify a annoncé jeudi la mise en place d’une nouvelle fonctionnalité de son service Spotify for Artists. Celle-ci donne la possibilité aux artistes indépendants de mettre eux-mêmes leur musique en ligne sur la plateforme, sans l’intermédiaire d’un distributeur ou d’un label.

Le programme est pour le moment lancé en bêta et réservée à quelques artistes parmi lesquels Noname, Michael Brun, VIAA et Hot Sjade. Prochainement, une centaine d’artistes basés aux Etats-Unis seront invités à les rejoindre. L’interface permet aux utilisateurs de visualiser le titre ou l’album avant de le poster sur Spotify. Les artistes bénéficieront de l’accès aux données déjà disponibles sur la plateforme (métadonnées des chansons, outils analytiques, suivi de l’évolution des royalties, statistiques et graphiques d’écoute des morceaux).

« Nous souhaitons rendre cet outil facile à utiliser, flexible et transparent », a expliqué Kene Afielo, responsable de Spotify for Artists lors d’une interview pour Billboard. « Les artistes ne seront pas limités dans leur accès et pourront publier autant de musique qu’ils le souhaitent ».

Cette annonce a rapidement généré son lot d’interrogations et d’inquiétudes. A tel point que beaucoup réfléchissent déjà à une éventuelle redistribution des cartes dans l’industrie musicale.

Distribution directe sur Spotify, quel intérêt pour les artistes ?

Music Business Worldwide a enquêté pour comprendre l’intérêt qu’un artiste pourrait trouver à utiliser ce service. Qu’en est-il donc vraiment ?

Pour commencer, il a été confirmé par Spotify que les artistes qui choisissent de poster leurs titres directement sur Spotify empochent 50% des revenus qu’ils génèrent.

Un pourcentage qui est donc inférieur à la rémunération de 52% qu’ont négocié les majors avec Spotify l’an dernier. Le même taux de 52% a été négocié par Merlin pour les labels indépendants qui lui sont associés. Précisons, que Spotify paye les éditeurs et les organismes collecteurs avec la part qui lui revient.

Pour y voir plus clair, prenons l’exemple d’un artiste qui génère 10 000€ de revenus. Comment s’en sort-il dans ces différents cas de figure :

  1. Distribution directe avec Spotify
  2. Contrat de distribution simple 15/85
  3. Contrat 50/50 avec un label (Licence)
  4. Contrat traditionnel 80/20 (Production)

Dans le cas numéro 1, l’artiste repart avec 50% des revenus, donc un total de 5000€.

Dans le cas numéro 2, le distributeur obtient 52% des revenus de la part de Spotify, un total de 5200€. A son tour, le distributeur remet 85% de ce montant à l’artiste et empoche les 15% restants. On compte donc 4420€ pour l’artiste et 780€ pour le distributeur.

Spotify

La part de Spotify inclut le montant dû aux éditeurs et aux organismes collecteurs.

Même logique dans le cas numéro 3, le label obtient 52% des revenus qu’il divise en deux parts égales. L’artiste et le label repartent tous deux avec 2600€.

Enfin, dans le cas numéro 4, le label garde 4160€ et remet 1040€ à l’artiste et ce si et seulement si l’avance du label a déjà été remboursée. Ce montant représente 1/5 de ce à quoi peut prétendre un artiste en distribution directe avec Spotify dans les mêmes conditions.

Spotify

La part de Spotify inclut le montant dû aux éditeurs et aux organismes collecteurs.

Pour résumer, un artiste qui génère 10 000€ de revenus peut prétendre à :

  1. 5000€ en distribution directe avec Spotify
  2. 4420€ avec un contrat de distribution simple 15/85 avec un label
  3. 2600€ avec un contrat 50/50 avec un label
  4. 1040€ avec un contrat traditionnel 80/20

De fait, l’option de la distribution directe sur Spotify est la plus rémunératrice pour un artiste.

En prenant un peu de recul, on nuancera le propos en rappelant que le service rendu par un label ou un distributeur ne se limite pas à rendre disponible des œuvres sur Spotify.

Distribution directe sur Spotify, quel avenir pour les labels et les distributeurs digitaux ?

Les labels, distributeurs digitaux et autres agrégateurs, avancent que la clé réside dans la diversification et l’expertise. En effet, Spotify, bien que leader sur le marché mondial du streaming avec 36% des parts, n’est qu’un service de streaming parmi de nombreux autres. Les acteurs qui sauront proposer une expertise globale et multi-plateformes auront encore leur carte à jouer dans la mesure où ce genre de service est un besoin réel pour les artistes. Pour citer Lee Parsons, PDG de l’agrégateur DITTO :

« A partir du moment où un artiste veut être présent sur toutes les plateformes et bénéficier d’une expertise sur chacune d’entre elles tout en ayant accès aux radios et à la presse, il ne pourra pas se passer d’un intermédiaire. »

En premier lieu, l’offre d’un distributeur digital comprend la majorité des plateformes de streaming musical et fonctionne souvent comme un guichet unique qui gère l’accès et le suivi des œuvres sur chaque plateforme. Malgré sa position de leader, Spotify ne rassemble que 36% des parts de marché à l’échelle mondiale. Il est donc risqué pour un artiste de ne se limiter qu’à Spotify.

En second lieu, les labels et les distributeurs disposent d’une expertise, d’une portée et d’une force de frappe contre lesquelles les artistes indépendants, même bien entourés, peuvent difficilement rivaliser. L’artiste indépendant aura donc souvent logiquement beaucoup plus de mal à générer un revenu conséquent qu’un artiste signé.

Pour conclure, avec cette nouvelle annonce, Spotify se rapproche du modèle d’un Soundcloud ou d’un YouTube. A l’instar du géant du streaming vidéo, certains se demandent déjà l’impact que pourrait avoir Spotify et ses datas sur la création (et les créateurs) de contenus sonores sur sa plateforme. S’il ne conviendra pas forcément à tous, ce nouveau service peut être une aubaine pour les artistes indépendants qui sauront tirer leur épingle du jeu et deviendra sans doute un avantage compétitif de taille pour Spotify dans sa course en tête face à Apple ou Tencent.